Le livre qui a révélé comment on rationnait les soins de nos aînés pour faire du profit
Des personnes âgées, dépendantes, confiées à des maisons de retraite parmi les plus chères de France. Et un système où, pour augmenter les marges, on rationnait parfois les protections, les repas, les soins.
Tout cela révélé par un seul livre, fruit de trois ans d'enquête.
Voici l'affaire Orpea, Les Fossoyeurs.
ACTE I, Le numéro un
Orpea, dans les années 2010, c'est un géant en pleine expansion. Un leader européen des maisons de retraite et cliniques privées, qui comptera bientôt plus de mille établissements à travers le monde. Une entreprise cotée en Bourse, prospère, qui facture cher l'hébergement de personnes âgées dépendantes, les EHPAD.
Derrière la façade feutrée, un journaliste indépendant, Victor Castanet, va passer trois ans à enquêter. Deux cent cinquante témoignages. Des infirmiers, des cuisiniers, des cadres, des directeurs. Tous lui racontent la même chose : un système.
ACTE II, Le rationnement
Ce que décrit Castanet, c'est une mécanique de réduction des coûts poussée jusqu'à l'os. Pour améliorer la rentabilité, on rationne. Les protections pour incontinence, comptées. Les repas, calibrés au plus juste. Les soins, limités. Le tout au détriment de résidents parmi les plus vulnérables, et au prix de conditions de travail éprouvantes pour le personnel.
Le livre décrit aussi un système financier opaque : commissions, marges arrière, prestations imposées aux fournisseurs. Une machine à profit, huilée, au cœur d'un secteur censé prendre soin des plus fragiles.
Un détail, révélé plus tard, dit tout de l'enjeu : un lanceur d'alerte affirmera s'être vu proposer une somme considérable pour se taire. Il a refusé.
ACTE III, La bombe
Le 24 janvier 2022, Le Monde publie les premiers extraits. Deux jours plus tard, le livre Les Fossoyeurs sort en librairie. C'est une déflagration.
L'émotion est nationale. Comment un tel système a-t-il pu prospérer ? Les dirigeants d'Orpea sont convoqués par le gouvernement, auditionnés par l'Assemblée nationale. Une double enquête, administrative et financière, est lancée. Le livre se vend par centaines de milliers d'exemplaires. Son auteur recevra le prix Albert-Londres, la plus haute distinction du journalisme français.
CONCLUSION, Les suites
Les conséquences sont lourdes. Le groupe, ébranlé, voit son cours de Bourse s'effondrer. Des poursuites judiciaires sont engagées contre l'entreprise et d'anciens dirigeants. Orpea est restructuré en profondeur, change de direction, puis de nom. Et toute une filière, celle des EHPAD privés, se retrouve sous le feu des projecteurs.
Mais le scandale pose une question qui dépasse une seule entreprise : peut-on confier le soin des plus vulnérables à une logique de pure rentabilité ? Quand chaque protection, chaque repas, chaque minute de soin devient une ligne sur un tableau de marges, qui veille encore sur la dignité de ceux qui ne peuvent plus se défendre ?
C'est tout le mérite d'un livre, et d'un journaliste obstiné, que d'avoir forcé un pays à se poser la question.
