Croc'Philo #6 - Les Contes - Lundi 07/12/20

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IL ÉTAIT UNE FOIS...

Bonjour Annely, bonjour et bienvenue à tous, je suis ravie de vous retrouver pour un Croc’Philo aujourd’hui consacré au conte… Pas tout à fait au conte de Noël, mais le conte le revêt des formes tellement variées et témoigne de tant de diversité culturelle qu’il peut capter l’attention des enfants comme celle des grands, et il peut nous apprendre ou nous faire comprendre des aspects du monde, nous faire rêver, se partager, tout en nous faisant voyager dans le temps et l’espace, entre réalité et merveilleux.

Mais, vous demandez-vous peut-être… Quel rapport avec la philosophie?

Comme pour toute forme de littérature, on distingue des sous catégories pour les contes et nous entendons tantôt parler de contes de fées, tantôt de contes réalistes, ou initiatiques, fantastiques, avec ceux d’Hoffman, horrifiques, érotiques, mais aussi philosophiques. Nous devons les plus célèbres d’entre eux à Voltaire avec L’ingénu, Zadig ou la destinée ou encore bien sûr Candide. Ce genre est né au XVIII ème siècle, et au travers d’une histoire fictive, il critique la société ou le pouvoir en place, et vise à faire entendre des idées dont la portée est philosophique. Ces récits mêlent la parodie à l’argument, mais gardent les codes de conte qui vont à la fois universaliser le récit en ne contextualisant pas directement l’époque, grâce à des formules comme: “Il était une fois”, “Naguère encore”… Et il va se construire comme les contes, avec une mise en jeu de personnages que nous accompagnons dans leurs péripéties jusqu’à la fin de l’histoire, fin qui empruntera souvent à la Fable sa visée morale. La Fable étant un autre genre littéraire, populaire déjà à l’Antiquité grecque avec Esope, et que Jean de LaFontaine reprendra au XVIIème siècle, soit au siècle précédent les Lumières philosophiques contées de Voltaire.

Cette forme de conte philosophique fût importante car en amont de la Révolution, elle marqua la possiblité de la satire politique et sociale en limitant les risques, pour leurs auteurs, de procès, d’arrestation, ou de censure. On y retrouve les codes des récits merveilleux ou d’aventures, mais aussi de la caricature et de l’ironie, ou de l’humour noir. On trouve donc à l’aube de la révolution, de courtes fables et des contes qui constitue un support politique destiné à éclairer le peuple et à mobiliser l’énergie révolutionnaire.

Parmis les auteurs delépoque, Sylvain Maréchal, républicain et admirateur des philosophes des Lumières a publié un an avant la Révolution française : Apologues modernes à l’usage d‘un Dauphin, qui s’adressait implicitement au fils du roi Louis XVI. Ces écrits ont été repris par Marc Séassau, un auteur contemporain de littérature jeunesse sous le titre : Petits contes pour une révolution. Dans ce tout petit conte que je vous propose de lire, on retrouve les ingrédients du conte (l’île isolée, les temps immémoriaux des lignées familiales/patriarcales, le sage vieillard de la communauté contre la volonté d’autorité et de pouvoir de l’étranger, et la morale, souriante, qui renvoie à des temps qui courent encore). Ce petit conte est intitulé: Le contrat social.

"Plusieurs familles habitaient une île isolée. Cloîtrée dans son domaine, chacune se gouvernait elle-même, sous l’oeil du plus ancien des pères. Un jour, un étranger échoua sur la côte de cette île. Après l’avoir parcourue de long en large, il parvint à rassembler les chefs de famille et leur tint ce discours:

  • Mes amis, vos enfants et vous paraissez vivre heureux. Mais ce bonheur n’est qu’une illusion. À la première dispute, vos familles peuvent s’armer les unes contre les autres. À quel tribunal vous adresserez-vous pour régler ce conflit? Croyez-moi, vous avez besoin d’un souverain. Placé au-dessus de vos intêrets personnels, il dictera les lois justes qui vous permettront de dormir en paix. Mais ce souverain ne doit pas être désigné au hasard. Trouvez-en un qui vous soit étranger par le sang. Ainsi vous serez certain de l’impartialité de ses décisions.

Un vieillard interrompit le beau parleur:

  • N’en dîtes pas davantage, nous devinons le reste. Écoutez-nous à votre tour. Nous avons vécu jusqu’à présent dans la plus grande harmonie. Cependant, votre avis n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Nous n’avons rien àperdre à le suivre. Comme vous êtes le seul étranger, nous acceptons de vous prendre pour roi. À une condition…
  • Laquelle?
  • Étant responsable des lois que vous proposez, vous devez l’être aussi de tous les malheurs qui nous arriveront. En conséquence, vous paierez de votre tête le premier meurtre arrivé sous votre règne.. Acceptez-vous?

Le visiteur ne daigna pas répondre. Tournant les talons, il sauta dans la première barque venue et s’éloigna du rivage dans un jet d’écume. Certains prétendent qu’il rame encore."

Le conte philosophique demeure un genre typé, propre à une période historique française assez délimitée, en amont de la révolution.

Mais qui oserait dire que Le Petit prince de St Exupéry, traduit dans plus de 300 langues différentes ou le récit d’Alice au pays de merveilles de Lewis Caroll, n’ont pas de portée philosophique?

La philosophie n’excède t-elle, ne déborde t-elle pas de cette forme de conte dit philosophique, pour se retrouver dans d’autres, si ce n’est dans toutes les formes du conte, qui par essence, réuni invariablement, le populaire et le merveilleux?

Qu’y a t-il au fond de commun entre un conte des frères Grimm, (les frères Grimm qui ont été ces fameux collecteurs de contes en langue allemande au 19 ème siècle) et un conte wolof ou mandingue d’Afrique de l’Ouest?

On peut aussi se remémorer les contes qui ont compté pour nous ou que l’on nous a conté… Pour moi, c’était Bambi raconté par mon papa, qui faisait varier la fin à chaque fois.

Quels sont les contes qui vous ont marqué ou que vous aimez?

Quels que soient les contes, ils revêtent une part d’universel et semble recèler les secrets qui nous parlent à tous du monde dans lequel nous évoluons. Tous se situent à la croisée de la légende pour l’aspect merveilleux ou surnaturel, et du mythe, en marquant la force de l’intemporalité de la nature des choses; mais tous visent à transmettre du sens. Il y a donc avant tout de la transmission dans la tradition du conte.

Et cette transmission, même avec l’écriture, fait évoluer le conte en fonction de l’époque, du public auquel il s’adresse, de la culture d’où il est issu… Mais c’est par l’oralité qu’il varie le mieux et a longtemps voyagé. Les cultures où perdure la tradition du conte comme récit populaire d’initiation ou de tradition sont souvent celles où l’oralité n’a pas été totalement engloutie par l’écriture. Dans les sociétés dites traditionnelles de plusieurs régions d’Afrique, de Russie, ou de l’Inde, le conte garde une place de choix dans l’éducation. Dans nos traditions régionales, le collectage des récits a été plus marqué par le folklore, par exemple breton, auvergnat ou provencal, pour expliquer les conditions de vie et les travaux de leurs habitants; même si aujourd’hui on assiste à une forme de renaissance du conte illustré, nous y reviendrons.

Mais les contes, ont toujours la volonté de saisir le monde par des images, et l’écriture commence toujours par des images, partout dans le monde, puis c’est l’usage qui en détermine ensuite l’évolution du sens, comme l’évolution d’une langue. Pour Rousseau d’ailleurs, ce n’est pas la raison qui fonde la langue et ses usages, mais bien les sentiments et les passions.

On aurait donc moins besoin de la raison que de mettre en image nos sentiments car comme le dit Rousseau dans L’origine des inégalités parmi les hommes: “L’homme n’a pas commencé par penser mais par sentir.” Ce que les hommes content, c’est une morale, car ils y affichent les rapports sociaux qui sont les leurs. Le conte, quelque soit sa langue en ce sens exprimerait l’essence de la parole, celle qui sert de révélateur de nos façons d’être au monde.

En cela, on peut dire que les contes pour enfants que nous connaissons bien comme Cendrillon, Peter Pan, Blanche-neige et bien d’autres, même s’ils ont été revisités par d’autres auteurs, jusqu’à Walt Disney, ont été inventés avant tout pour prévenir les enfants de la cruauté du monde, et ils ont d’ailleurs des fins terriblement glauques dans leurs versions originales. Le conte donne à voir car il fait parler les images. Ce qui explique peut-être qu’aujourd’hui, à l’heure du règne de l’image pour nos livres illustrés comme celles sur nos écrans de télévision ou de cinéma, les contes tiennent encore une bonne place… D’ailleurs, nombreux sont les contes aujourd’hui qui cherchent à sensibiliser les enfants et à les aider à comprendre le monde fait par les hommes dans leurs différences de cultures, d’identités… Ils répondent ainsi souvent à leurs questions sur la mort, la sexualité… sans rationalisation et sans jugement.

Le conte est donc aussi témoignage de culture et au-delà des langues, il se traduit, se transmet, avec ses variantes; il reste un bon moyen de mieux connaître la culture d’un pays, un passé, des traditions, mais la façon dont les habitants d’un pays font vivre leurs contes varie également. Par exemple dans les pays d’Europe du nord, et précisément en Scandinavie, la place du conte est grande et toujours assez bien partagée dans la culture populaire. Elle y est enseignée à l’université aussi comme part de l’ethnologie avec les musiques, les danses… Et l’ensemble de ces traditions est d’ailleurs encore vivante. Il y est souvent considéré par exemple, que les livres pour enfants ne s’adressent pas exclusivement à eux, mais aussi aux adultes, qui sont nombreux à les collectionner. Ce genre littéraire y est mieux reconnu que chez nous. Je mêle là les contes traditionnels, populaires et les contes pour enfants parce qu’il me semble qu’ils ont bien un usage commun, celui de raconter la culture d’une société tout en l’animant.

Dans les contes, on notera aussi que il n’ y a pas toujours de figure du philosophe, mais il y a néamoins toujours la présence du sage, incarné par l’un des personnages. Et la figure de la sagesse, dès l’Antiquité, peut-être indifféremment celle du médecin ou du sorcier, il est celui qui soigne le corps ou l’âme. C’est aussi une constante dans les contes, que cette figure du sage qui varie mais demeure. Il est celui qui porte le remède de la nature ou du bon sens, qui fait autorité morale en assimilant l’expérience à la connaissance. Dans les contes, l’expérience via le voyage, le déguisement, exprime la transformation comme une expérience de dévoilement de la vérité. Ainsi le conte serait une incitation par l’imaginaire, à interpréter le réel.

On retrouve cette expérience de la vérité dans ce second tout petit conte extrait de Petits contes pour une révolution adaptés par Marc Séassau. Celui-ci, que je vais vous lire, s’intitule: Le sage fou et il témoigne de la vérité sur les hommes de pouvoir, ici les rois, qui se révèle par l’expérience…

"Il y bien longtemps de cela, un sage avait tenté d’introduire la vérité à la cour. Il n’y était jamais parvenu. Le fou du roi vint à tomber malade, sans espoir de guérison. Le sage s’avisa de prendre sa place. Il l’imita avec tellement de talent qu’il parvient à lui succéder dans sa charge. Mais la vérité ne gagna rien à ce déguisement. Dans la bouche de la sagesse, elle avait offensé le souverain. Dans celle de la folie, elle l’amusait sans améliorer sa conduite.

Désespéré, le sage abandonna son déguisement de fou et quitta le palais en grommelant:

- Il n’y a rien à faire. Tous les rois sont incorrigibles."

Et s’il est souvent entendu que la littérature peut changer, réinventer le réel, on entend souvent que la philosophie serait une démarche exclusivement rationnelle qui ne saurait pas grand chose de la sensibilité et prétendrait tendre vers une objectivité absolue de la réalité.

Je voulais partager avec vous une citation qui me semble réconcilier ces deux visions autour du conte, c’est une citation d’un journaliste suédois du début du XXème siècle, qui après lecture des écrits du prince Guillaume de Suède considère que ses contes s’adressent à, je cite: “tous ceux qui aiment voyager dans le fantasque et qui ne sont pourtant remués que par le réel.”

Je vous souhaite de bonnes écoutes ou de belles lectures de contes durant cette propice saison d’hiver et bien sûr de très joyeuses fêtes de fin d’année!

Nous nous retrouvons le 11 janvier prochain.

Oui, nous ne savons pas d’ici là ce qui aura vraiment changé pour nous dans nos vies sociales et sanitaires, mais nous aurons bel et bien changé d’année! Et c’est au thème du changement que nous consacrerons ce Croc’Philo de rentrée 2021.

Emilie


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