Croc'Philo #4 - Les femmes et la philosophie (2/3) Simone Weil - lundi 09/11/20

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À PROPOS DE SIMONE WEIL...

Bonjour Annely, bonjour à toutes et à tous!

Bienvenue dans ce premier Croc’Philo confiné!...

Premier Croc’Philo confiné mais continuité aujourd’hui, de notre série consacrée à la philosophie et aux femmes…

Nous le disions ici, sur Radio G!, lors du dernier Croc’Philo il y a deux semaines, 4 femmes, en plus d’H. Arendt qui y figurait déjà, sont entrées cette année dans le programme scolaire de philosophie de terminale.

Et dans ce deuxième Croc’Philo de la série, on va porter une attention au parcours de l’une d’entre elles, sans doute pas la moins connue de nos auditeurs Annely, mais néanmoins moins connue que Simone de Beauvoir. C’est à la pensée et aux écrits de Simone Weil (avec un W) que l’on va s’intéresser. Simone Weil dont je vous propose aujourd’hui d’écouter le portrait.

Simone Weil a vécu une courte vie de 1909 à 1943… Mais une vie pleinement engagée!

Elle est née dans une famille juive, elle est élevée dans l’agnosticisme (L’agnosticisme est une doctrine qui reconnait un absolu mais qui ne suit pas de précepte ou de solution métaphysique définitive. Selon les agnostiques, on ne peut pas connaitre l’existence de Dieu, mais seulement croire à un absolu qui serait inaccessible à l'esprit humain. L’agnostique a le sentiment d’un absolu, mais s’interroge et émet des doutes sur l’existence de Dieu.)

Simone Weil fût donc élevée dans une famille agnostique mais dira en 1940 que « nous devons à la vérité religieuse bien autre chose que l’adhésion accordée à un beau poème », notamment parce-qu’à l’âge de 29 ans, en 1938, elle vit une expérience mystique, expérience qui lui révèle l’amour du Christ. Ses récitations, ses prières, se feront chaque jour ensuite, à partir de là, avec une attention soutenue et absolue.

Avant cela, adolescente, elle sera élève au prestigieux lycée Henri-IV à Paris, et à l’École Normale Supérieure, dont elle sortira agrégée de philosophie en 1931.

Elle fût élève du philosophe Alain, bien que sa philosophie restera éloignée de la sienne. Sensibilisée aux questions sociales et politiques, elle s’engage dans divers syndicats et revues d’obédience marxiste ou anarchiste et y publie, entre autres, en 1934, une de ses oeuvres majeures: Réfléxions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale, où elle discute les thèses de Marx.

Je vous propose d’écouter un extrait de ces Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale, dans lequel elle aborde les thèmes de la liberté, de la technique et du travail:

“La société actuelle ne fournit pas d’autres moyens d’action que des machines à écraser l’humanité ; quelles que puissent être les intentions de ceux qui les prennent en main, ces machines écrasent et écraseront aussi longtemps qu’elles existeront. Avec les bagnes industriels que constituent les grandes usines, on ne peut fabriquer que des esclaves, et non pas des travailleurs libres, encore moins des travailleurs qui constitueraient une classe dominante. Avec les masques à gaz, les abris, les alerte, on peut forger de misérables troupeaux d’êtres affolés, prêts à céder aux terreurs les plus insensées et à accueillir avec reconnaissance les plus humiliantes tyrannies, mais non pas des citoyens. Avec la grande presse et la T.S.F.[1], on peut faire avaler par tout un peuple, en temps que le petit déjeuner ou le repas du soir, des opinions toutes faites et par là même absurdes, car même des vues raisonnables se déforment et deviennent fausses dans l’esprit qui les reçoit sans réflexion ; mais on ne peut avec ces choses susciter même un éclair de pensée. […]Les moyens puissants sont oppressifs, les moyens faibles sont inopérants. Toutes les fois que les opprimés ont voulu constituer des groupements capables d’exercer une influence réelle, ces groupements […] ont intégralement reproduit dans leur sein toutes les tares du régime qu’ils prétendaient réformer ou abtattre, à savoir l’organisation bureaucratique, le renversement du rapport entre les moyens et les fins, le mépris de l’individu, […] l’utilisation de l’abêtissement et du mensonge comme moyens de propagande.” Gallimard, coll.”Idées”, 1980, p.143-144.

En 1934 et 1935 elle décide de quitter son poste d’enseignante agrégée et de travailler en usine comme manoeuvre sur machine à l’entreprise Alstom puis chez Renault. Elle relatera cette expérience dans son journal dont sera tiré l’ouvrage: La Condition ouvrière. De ses propres mots, Elle ne se veut pas “en vadrouille dans la classe ouvrière”, mais entend bien être “au contact direct avec la réalité”. Elle inscrit ici la vérité pas seulement dans l’ordre d’une pure pensée, mais dans l’expérience, dans l’épreuve de la solidarité avec les opprimés, à leurs côtés, parmis eux. Elle développera généralement une philosophie du travail et de l’exploitation.

Simone Weil s’est élevé contre le mensonge de la politique, notamment celle des dirigeants bolcheviks qui prétendaient créer une classe ouvrière libre, alors qu'aucun, selon les mots de Simone Weil: «n'avait sans doute mis le pied dans une usine et par suite n'avait la plus faible idée des conditions réelles qui déterminent la servitude ou la liberté des ouvriers».

Ce qui, toujours, a fait horreur à Simone Weil dans la guerre, qu'elle soit mondiale ou de classes, «c'est la situation de ceux qui se trouvent à l'arrière».

C’est ainsi qu’en 1936, elle rejoint les républicains espagnols, sans porter les armes, mais après l’entrée des Allemands à Prague en 1938, elle en appelle à la lutte armée contre Hitler. Et c’est cette même année qu’elle découvre le Christ. Elle refuse de parler de conversion mais affirme que toute la pensée du Christ est entrée en elle une fois pour toutes.

Pendant l’occupation de Paris elle gagne Londres et demande à rejoindre le combat de la résistance. Insatisfaite de son travail d’intellectuelle fonctionnaire, elle participe activement à la constitution de la France libre.

En 1943, malade, elle se laisse peu à peu mourir de faim à Ashford, elle est alors âgée de 34 ans...

On la vit dénonçant l’exploitation ouvrière, le nazisme aussi bien que le fascisme... Sa courte vie fut dévouée à toutes les causes nobles de son temps…

… Mais connaît-on la pensée qui a sous-tendu ses actions et jusqu’à quel point son expérience mystique a conduit sa pensée et sa vie ?

Quand on regarde sa vie justement, on peut se demander d’où lui vient cette énergie, cette générosité, ce courage indomptable qui la fit défier la mort… Quelle a été sa force?

Le témoignage que donne Simone Weil dans l’ensemble de son oeuvre nous ouvre sur une autre réalité... la réalité d’un engagement dans l’action, de la pensée et du coeur. Une réalité à la fois rationnelle et spirituelle, ancrée dans le réel tout en témoignant de l’affolement de la raison jusqu’au surnaturel… Et pour résumer ce témoignage, écoutons ces quelques lignes, extraites de sa deuxième grande oeuvre : L’enracinement, qu’elle a écrit un an avant sa mort en 1943:

“L'enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l'âme humaine. C'est un des plus difficiles à définir. Un être humain a une racine par sa participation réelle, active et naturelle à l'existence d'une collectivité qui conserve vivants certains trésors du passé et certains pressentiments d'avenir. Participation naturelle, c'est-à-dire amenée automatiquement par le lieu, la naissance, la profession, l'entourage. Chaque être humain a besoin d'avoir de multiples racines. Il a besoin de recevoir la presque totalité de sa vie morale, intellectuelle, spirituelle, par l'intermédiaire des milieux dont il fait naturellement partie.”

L’attente de la vérité à laquelle s’est consacrée Simone Weil est emprunte de quelque-chose d’éminemment poétique... Et c’est sur un écrit poétique que j’aimerai terminé cette chronique. Il s’agit d’un texte extrait d’un ouvrage publié chez Gallimard en 1968, dans la collection espoir, collection créée par Albert Camus. Cet ouvrage a été tiré à une cinquantaine d’exemplaires, préfacé par une lettre de Paul Valéry de 1937 qui est adressée à l’auteure, qui lui avait envoyé ses poèmes (vous retrouverez l’ouvrage, intitulé Poèmes en version numérique sur Internet, l’ouvrage étant quasi introuvable aujourd’hui). Parmi ses poèmes, certains sont des oeuvres de jeunesse écrits par Simone Weil lorsqu’elle était encore au lycée; puis il y a celui-ci, intitulé : À une jeune fille riche, dans lequel elle s’adresse à la jeune fille qu’elle aurait pu être ou qu’elle a été; l’invite à regarder la réalité du privilège de sa condition et la fragile et implacable réalité de la vie.

Clymène, avec le temps je veux voir dans tes charmes

Sourdre de jour en jour, moindre le don des larmes.

Ta beauté n’est encor qu’une armure d’orgueil ;

Les jours après les jours en feront de la cendre ;

On ne te verra pas, éclatante, descendre,

Fière et masque baissé dans la nuit du cercueil.

 

A quel destin promise, en ta fleur passagère,

Glisses-tu ? Quel destin ? Quelle froide misère

Viendra serrer ton coeur à le faire crier ?

Rien ne se lèvera pour sauver tant de grâce ;

Les cieux restent muets pendant qu’un jour efface

Des traits purs, un teint doux qu’un jour a vus briller.

 

Un jour peut te blêmir la face, un jour peut tordre

Tes flancs sous une faim poignante ; un frisson mordre

Ta chair frêle, naguère au creux de la tiédeur ;

Un jour, et tu serais un spectre dans la ronde

Lasse qui sans arrêt par la prison du monde

Court, court, avec la faim au ventre pour moteur.

 

Comme un bétail la nuit par les bancs pourchassée,

Où trouver désormais ta main fine et racée,

Ton port, ton front, ta bouche avec son pli hautain ?

L’eau brille. Trembles-tu ? Pourquoi ce regard vide ?

Trop morte pour mourir, reste donc, chair livide,

Tas de loques prostré dans le gris du matin !

 

L’usine ouvre. Iras-tu peiner devant la chaîne ?

Renonce au geste lent de ta grâce de reine.

Vite. Plus vite. Allons ! Vite, plus vite. Au soir

Va-t’en, regards éteints, genoux brisés, soumise,

Sans un mot ; sur ta lèvre humble et pâle qu’on lise

L’ordre dur obéi dans l’effort sans espoir.

 

T’en iras-tu, les soirs, aux rumeurs de la ville,

Pour quelques sous laisser souiller ta chair servile,

Ta chair morte, changée en pierre par la faim ?

Elle ne frémit pas lorsqu’une main la frôle ;

Les reculs, les sursauts sont rayés de ton rôle,

Les larmes sont un luxe où l’on aspire en vain.

 

Mais tu souris. Pour toi les malheurs sont des fables.

Tranquille et loin du sort de tes soeurs misérables,

Tu ne leur fis jamais la faveur d’un regard.

Tu peux, les yeux fermés, prodiguer les aumônes ;

Ton sommeil même est pur de ces mornes fantômes

Et tes jours coulent clairs sous l’abri d’un rempart.

 

Des morceaux de papier, plus durs que les murailles,

Te gardent. Qu’on les brûle, et ton coeur, tes entrailles,

Seront frappés de coups dont tout l’être est brisé.

Mais ce papier t’étouffe, il cache ciel et terre,

Il cache les mortels et Dieu. Sors de ta serre,

Nue et tremblante aux vents d’un univers glacé.

C’était À une jeune fille riche, de la philosophe Simone Weil…

À l’heure d’automne, quand la nuit, comme aujourd’hui, tombe toujours un peu trop tôt, nous nous retrouverons dans deux semaines et dans ce prochain Croc’Philo de la série, nous poursuivrons le déconfinement de la pensée des femmes philosophes.

Emilie


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