Croc'Philo #7 - Le changement - Lundi 11/01/21

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Droits devant ! le jeudi à 19h00 Hebdomadaire

Nous avons certes changé d'année... Mais qu'est-ce qui change quand ça change?

Bonjour Annely, bonjour à tous,               

Je suis très heureuse de vous retrouver pour ce premier Croc’Philo 2021 et je vous souhaite une très bonne et lumineuse année nouvelle faite d’étonnements curieux, d’enrichissements joyeux, de petites et grandes satisfactions de tout ordre, y compris bien-sûr, philosophiques!

Pour ceux qui s’en souviennent et pour vous qui rejoignez peut-être cette chronique pour la première fois, nous avons débuté la saison en septembre dernier en lançant ici une invitation à philosopher comme un nécessaire étonnement sur le monde et nos existences. Aujourd’hui, pour croquer cette rentrée 2021 en philosophie dans l’Oreille curieuse comme un nouveau commencement, je vous propose d’interroger la notion de changement. Pour vous qui nous écoutez, l’heure est-elle peut-être venue de changer de travail, d’appartement, de régime, de ville, de perspective ou d’aspiration…

ANNELY: Et peut-être que la nouvelle année est le moment pour beaucoup d’entre nous aussi de prendre de bonnes résolutions?

Au delà du passage, de l’étape lors de la nuit du 31 décembre au premier janvier… et de toutes les incertitudes sanitaires, politiques, culturelles (!) qui accompagnent ce changement d’année… Qu’est ce qui change? Qu’est ce qui change quand nous changeons d’année? Est-ce un recommencement, le fantasme d’un nouveau départ qui viendrait avec l’achèvement de l’an passé comme un dépassement de l’année vers le meilleur? Est-ce, à l’image de nos voeux échangés, l’annonce du meilleur à venir?

Voici les voeux de Nietzsche...

« Pour la nouvelle année. Je vis encore, je pense encore : je dois encore vivre, car je dois encore penser. Sum, ergo cogito ; cogito, ergo sum. Aujourd'hui, chacun ose exprimer son vœu et sa pensée la plus chère : soit ! Je veux donc dire moi aussi ce qu'aujourd'hui je me souhaitais à moi-même et quelle pensée a cette année été la première à traverser mon cœur – quelle pensée doit être le fondement, la garantie et la douceur de toute pensée à venir ! Je veux toujours plus apprendre à voir la nécessité dans les choses comme le beau – ainsi serai-je l'un de ceux qui rendent belles les choses. Amor fati : que cela soit à présent mon amour ! Je ne veux mener aucune guerre contre le laid. Je ne veux pas accuser, je ne veux pas même accuser les accusateurs. Que détourner le regard soit mon unique négation ! Et, en tout et pour tout, et en grand : je veux, en n'importe quelle circonstance, n'être rien d'autre que quelqu'un qui dit oui. »

Nietzsche, Le Gai savoir - 4ème livre, Aphorisme §276, Saint-Janvier

De quelle nouveauté nous parle Nietzsche ici ? Est-ce que seules les conventions calendaires représentent un tournant? ou êtes vous de ceux qui critiquent la superstition et qui ne verront dans ce moment dévolu à faire des choix pour la nouvelle année qu'une manière de se livrer au destin... ou de ceux qui idolâtrerons l’an nouveau comme une promesse de dépassement et de renouveau nécessairement vers le bien, le beau. Trop d’attente, pas assez…? Peut-on être indifférent à ce passage ? Echapper à cette sensation impalpable et l'euphorie générale ? Derrière la convention sociale, qui peut parfois sembler peu signifiante tant nos réalités sont contraintes, et nos désillusions parfois profondes. Il y a la marche du monde, et de nous en son sein…

Echapper au destin ou échapper au monde? Ode à la vie même si non assurance de la réalisation. Choisir la vie, sans renier ce qu’il y a de sombre, de dramatique….

Le changement serait l’essence même du réel dans tous les domaines. Une forme de nécessité. Cela ne peut être autrement. Et pourtant on se souhaite ce qui n’est même pas certain de se produire… Le voeu, le souhait, semble par essence souligner l’incertitude, et notre rapport de soumission au réel… Contradiction? Et si le voeu était ce qui justement appelle le mouvement à se produire, en l’intégrant, en l’acceptant. Comme Héraclite entend l’univers qui bien que limité, cyclique et toujours en mouvement, un flux temporel unissant les contraires.

Héraclite d’éphèse, VII – V ème siècla avant JC est un rationaliste qui critique les faiseurs de mythes et entend développer la connaissance universelle, et qui s’attache aux thèmes de la guerre, la justice, le statut ontologique des choses= l’être des choses/existants, et la nécessité. On ne dispose de ses écrits que de fragments et de témoignages dans les oeuvres des stoïciens, d’Aristote, de Platon… - Ainsi dit-il que tout se fait par l’opposition des contraires, et que tout coule comme un fleuve. L’univers, selon lui, est limité, et il n’y a qu’un monde, qui a été créé par le feu, et qui retournera au feu après certaines périodes, éternellement. C’est le destin qui le veut ainsi. Le feu est un élément et tout se fait par des transformations du feu, soit qu’il se raréfie, soit qu’il devienne plus dense. Il dit que tout se fait par l’opposition des contraires, et que tout coule comme un fleuve.

Aussi, pas besoin selon lui, de rejeter ce qui est négatif, ce n’est d’ailleurs pas possible. Car la guerre, le conflit, la haine vont de pair, au sein du Logos, sorte de proportion universelle, avec l’harmonie, qui est une harmonie des contraires.

En cela, vouloir raser l’année en appelant de ses voeux le destin à éloigner tout mal n’a pas de sens. Le destin, est, selon un ordre nécessaire et rationnel, une harmonie des contraires.

D’ailleurs selon lui, la concorde , la paix, l’ordre qui a donné lieu la nature n’a été possible qu’au moyen des contraires.

Un témoignage d’un auteur compare ainsi la nature à l’art qui l’imite, en en mélangeants les pigments pour donner à voir la forme, ou à la musique qui par les sons aigus ougraves, longs ou courts, crée des harmonies uniques. La parole d’Héraclite en ce sens: “Embrassements

Touts et nons-touts

Accordé et désaccordé

Consonant et dissonant

Et de toutes choses l’Un

Et de l’Un toutes choses.”  Du monde, V, 396 b 7

Ainsi le différent concorde avec lui même.

Le feu est un élément et tout se fait par des transformations du feu, qui est un élément éternel. Soit il se raréfie, soit il devient plus dense. Puis tout est une affaire de proportion dans l’essence des choses et de mouvement des contraires, sur une période donnée.

Entre contraires, il y a une lutte qui aboutit à la création, c’est ce qu’on appelle la guerre et la querelle ; l’autre, qui aboutit à l’embrasement, s’appelle la concorde et la paix.

Héraclite pense que le monde s’embrase, et qu’à un autre moment il se reconstitue de nouveau lui-même à partir du feu, selon certaines périodes de temps, dans lesquelles il s’allume en mesure et s’éteient en mesure. Les stoïciens partageront plus tard sa thèse de l’embrasement universel en considérant que le feu est l’élément des réalités et que grâce à lui toutes les choses du monde se trouvent assemblées de manière réglée, (jusque dans l’ordre d’une République bien gouvernée, pour Platon).

Tout passe et rien ne demeure, et il compare toute chose qui est à un fleuve, et en ce sens pour lui on ne saurait entrer deux fois dans un même fleuve. Car comme tout, le fleuve coule, change, et les hommes changent. Le changement, c’est le flux. Aussi, le soleil est nouveau chaque jour pour Héraclite, dira Aristote.

Le logos est commun à tous. L’universalité de la loi s’exprime par la raison, et tout homme a une forme d’âme immortelle (parcelle de divin, de feu céleste) et peut choisir de mener une vie raisonnable, selon la nature et la loi du Destin.

Et dans le changement, le monde existe selon un principe éternel. Selon, la théorie de la grande année, qui était commune aux atronomes et aux philosophes grecs, la garnde année, c’est la fin du cycle marqué par le retour des planètes à leur position initiale, la nature qui s’étend, se déploie à nouveau, par une action de réintégration de l’univers.

Et si Nietzsche nous invite à penser “encore” quand vient l’année nouvelle, pour Héraclite, -pour qui le logos commun est le feu qui se réintègre l’univers, “Penser est commun à tous”. D’ailleurs, pour saisir chez Nietzsche une forme de dépassement d’un pessimiste moral qui le fait dans son aphorisme du Gai savoir dire oui à l’année nouvelle, il faut remonter aux présocratiques qu’il avait lu et étudié, et précisément à Héraclite dont il se réclame souvent. Le tragique de la nécessité chez Nietzsche, c’est du mouvement, à l’image de la danse de Zarathoustra. Le pessismime qui ne renie pas la nécessité, c’est saisir la grandeur du commencement, en revenant aux présocratiques, et saisir pour Nietzsche, la question du devenir « On doit absolument pouvoir montrer que tout ce qui est, être ou objet, n’a pas toujours été et ne sera donc pas toujours. Le devenir d’Héraclite. » (Gai savoir, § 370)

Et comme dans la danse, le mouvement idéal n’existe pas, Dieu est mort dans le Gai savoir avec Nietische comme référent ultime, nos valeurs ne sont plus transendantes et éternelles. Ainsi la danse apparaitra chez Zarathoustra , celui qui porte une quête de mouvement authentique, nécessaire et intérieure. Dimension tragique de l’homme qui s’expérimente dans le mouvement, avec ce que la danse porte de tragédie. Et si la liberté portée dans le mouvement était la condition même de tout commencement?

Loin de la rumeur du monde, comme pour ne se laisser dicter soumettre par elle…

Une nouvelle année comme s’il avait neigé toute la nuit… Et qu’il était possible d’y glisser ses empreintes. Et même si tout recommence et que rien n’a changé véritablement, saisir et garder aussi longtemps que possible l’impression heureuse d’un basculement suspendu… Et si tout recommence, il ne tient peut-être qu’à nous que ce ne soit pas “comme d’habitude” si l’on accepte de se laisser gagner collectivement par ce que signifie les voeux, les souhaits qui à défaut de nous garantir les changements souhaités, garantissent le mouvement…

Avec Héraclite, on ne peut être plus à propos et sage qu’en lançant: feu 2020 et vive 2021!

Emilie

 


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